Chine 2026 – blog

Récit de voyage

On est partis pour presque deux mois de travail en Chine. On est rentrés avec des amis et le sentiment très net d’avoir vécu autre chose qu’un voyage.

Un premier soir qui donne le ton

Le 11 juillet au matin, après neuf heures d’avion, Qian et Jiahui nous attendaient à l’aéroport. Ils nous ont installés dans un appart-hôtel au nord de la ville, treizième étage, avec vue sur le stade des Jeux olympiques d’où montait chaque soir de la musique de concert. Le premier soir, Jiahui a commandé une quantité de plats parfaitement déraisonnable, et tout était excellent. Camille a aimé le thé pour la première fois de sa vie. On a compris deux choses ce soir-là : qu’il y a de l’ail dans tout, et qu’on n’aurait plus jamais à choisir un restaurant.

Des amis qui décident de tout, et c’est très bien comme ça

Le vrai sujet de ce voyage, ce sont eux. Qian et Jiahui, chercheurs comme Pierre, parents de la petite Yujin. Jiamin et Dan, avec leur fils Ruirui, adorable du matin au soir. Ils ont tout expliqué, tout organisé, tout payé, et ils s’agaçaient presque quand on essayait d’inviter à notre tour. Ici, offrir n’est pas une question : le cadeau fait forcément plaisir, puisque c’est un cadeau.

Une anecdote résume tout. Premier jour de l’atelier, une employée de la cantine renverse un plateau et asperge mon short blanc de sauce rouge. La session reprend dans trente minutes et l’hôtel est à une heure. Qian sort son téléphone, commande un short, et vingt minutes plus tard il attend à la porte nord du bâtiment.

Le travail, version chinoise

Le séjour a été dense et très gratifiant : trois jours d’atelier sur XMapTools devant une cinquantaine de participants, des séminaires dans cinq instituts, et à Hong Kong une salle si pleine qu’il a fallu aller chercher des chaises, suivie d’une heure de discussion, la meilleure du séjour.

Mais ce qui nous a le plus marqués, c’est le rythme. Le chef de Jiamin qui l’appelle un dimanche de vacances pour réclamer son rapport. Jiahui qui rentre nourrir le bébé puis retourne au laboratoire jusque tard. Et ce duvet plié dans un coin du bureau, offert par l’institut pendant le Covid pour qu’ils puissent dormir sur place et continuer à travailler.

On a fini par adopter le pli, jusqu’à travailler le samedi et descendre déjeuner à 12 h 30 précises, parce que c’est l’heure du grand professeur de l’institut et que se faire voir un week-end vaut toutes les recommandations.

Pékin, les jours sans bureau

Les visites se sont enchaînées. La Cité interdite deux fois : l’axe central avec la foule, puis les côtés, là où presque personne ne va, avec ses cours vides et les appartements des derniers empereurs. La Grande Muraille à Mutianyu, où l’on a enfin réussi le pique-nique dont Jörg, notre collègue de Berne, rêvait depuis des années. Le Temple du Ciel et son mur d’écho, où Qian, parti de l’autre côté du bâtiment, a crié « Pierre Lanari » d’une voix parfaitement audible. Le Palais d’Été à l’ouverture, et ce moment suspendu au sommet de la colline : quatre habitués enchaînant très lentement des mouvements de qigong dans un pavillon désert. Et partout, sur les panneaux, le rappel que les armées françaises et anglaises ont pillé et incendié tout cela en 1860. C’est troublant à lire quand on vient d’Europe.

On s’est perdus dans centres commerciaux géants. Ah, et il y a eu les suricates, qui ont fini par s’endormir en tas sur Camille.

Le grand écart : la Mongolie-Intérieure

Huit heures de route au nord-ouest, et un autre pays. Des prairies à perte de vue, des chevaux à moitié libres, des cônes de scories posés sur un plateau de basalte et des éoliennes jusqu’à l’horizon. Le meilleur agneau de notre vie, rôti à la broche à Ulanqab. Des familles chinoises entières déguisées en cosmonautes pour poser devant les volcans, casque à la main. Et un petit cœur en plastique où l’on a écrit « Qian, Jiahui, Pierre, Camille, 1314 », accroché au sommet, le seul en caractères latins parmi des centaines d’autres.

Le soir, on a acheté des feux d’artifice au bord de la route et on les a tirés dans le terrain vague d’en face, comme tout le monde. Puis la cérémonie autour du feu : écharpes bleues, solo de vièle, rondes en sens contraire, et une musique qui vire lentement à la transe jusqu’à ce que tout le monde danse, y compris sur les statues de moutons. De retour à l’institut, la première question qu’on m’a posée, c’était : « est-ce que vous avez dansé ? »

Le lendemain, Qian a acheté un poulet entier, l’a fait découper, l’a mis dans un sac plastique, et on l’a mangé dans la voiture avec des gants, à 10 h 20 du matin. Selon lui, tout peut être un snack, quelle sagesse.

Le sud, ou la Chine à une autre échelle

Deux mille deux cents kilomètres de train en une journée, à l’heure à la minute près, avec un McDonald’s commandé en route et livré à bord par le personnel du train. À l’arrivée, Shenzhen : trente-neuf degrés, des palmiers, des tours si hautes et si serrées qu’on n’en voit pas le sommet depuis la chambre, et un robot livreur qui prend l’ascenseur avec nous. La maman de Qian nous y a cuisiné le meilleur repas du séjour.

Et surtout, il y a eu l’anniversaire de Camille. Serpentins tirés en embuscade depuis le siège avant à 10 h du matin, spa immense où l’on nous a annoncé cinq minutes avant l’arrivée que la première partie se ferait entièrement nu, puis mahjong appris sur une table automatique qui mélange et réaligne les tuiles toute seule, et que Camille a gagné. Le soir, deux serveuses sont venues danser autour de la table avec une enceinte et une pancarte géante, pendant que Camille, couronne sur la tête, jouait le jeu. Elle n’a jamais fêté son anniversaire de façon si improbable.

Hong Kong, Shanghai, Xi’an

Hong Kong est à vingt minutes de train et à un monde de distance : plus dense, beaucoup plus chère, avec ses échafaudages en bambou et une forêt tropicale qui commence juste derrière la ville.

Shanghai nous a offert deux vraies journées de vacances. On a dormi à la Moller Villa, une villa de 1936 que l’armateur Eric Moller a fait construire d’après le dessin du rêve de sa fille malade, et marché sous les platanes de l’ancienne concession française. Nos amis avaient gardé une surprise pour la dernière soirée : un dîner en costumes traditionnels devant sept tableaux dansés racontant l’histoire de la Chine, un plat par tableau. Camille en robe rouge, Jiahui en bleu, Qian en blanc et moi en noir, ce qui, dans le film, ferait clairement de moi le méchant.

À Xi’an, on a retrouvé Thorsten, mon ancien doctorant, venu de Singapour pour le week-end. Notre chambre donnait sur les remparts, parcourus au coucher du soleil, larges comme une avenue et presque déserts. Et surtout, on a marché entre les guerriers de terre cuite : des milliers de visages tous différents, tournés vers l’est parce que c’est de là que venaient les ennemis de l’empereur, les mains vides parce qu’on leur a volé leurs armes il y a deux mille ans. Le plus impressionnant reste toutes ces statues qu’ils laissent délibérément enfouies, en attendant de pouvoir les dégager sans altérer leurs couleurs.

Rentrer, doucement

Le retour à Pékin a eu un goût de maison. Le dernier dîner, offert à tous ceux qui nous avaient accompagnés, a fini plus fort que prévu : trois bouteilles de baijiu, et Ross, professeur américain installé ici depuis des années, qui blague en français et parle de « soirée légendaire ». Il avait raison, et le lendemain a été très calme.

Le dernier jour a été un petit pèlerinage : le barbecue préféré, le parc au pied de la tour où l’on a vécu un mois, une photo devant notre ancienne fenêtre. Puis Qian et Jiamin nous ont conduits à l’aéroport, dernier selfie devant l’aérogare, et c’était plus émouvant qu’on ne l’aurait cru.

Ce qu’on ramène

Le bruit des cigales dans le parc du Temple du Ciel. Le goût de la pastèque, meilleure partout qu’en Europe. Les vieux messieurs en marcel qui dansent sur l’allée olympique à 21h. Le mot « camping », qui veut dire planter une tente dans un parc pour l’après-midi. Le duvet dans le bureau. Le petit cœur accroché sur un volcan mongol.

Et l’essentiel : on pouvait travailler comme à la maison, on s’est sentis en confiance et choyés du premier au dernier jour, et ce dépaysement nous a fait un bien fou. Deux mois dans une culture complètement différente, et des amitiés qu’on n’oubliera pas.

 

Pierre & Camille

Photos de voyage

La route de Lishan

La route de Lishan

Ascension mémorable en voiture avec Qian au volant et Thorsten accroché au tableau de bord. Route et conduite aussi impressionnantes à la montée qu’à la descente. Au moins, en haut, il fait frais.

Quand la tradition prend le dessus

Quand la tradition prend le dessus

Dernière soirée à Shanghai avec Jiahui et invitation à un restaurant où l’on mange en costumes et chaque plat est servi après une danse qui raconte une partie de l’histoire chinoise. C’est moitié prix pour les professeurs et on en a trois !

I have a dream

I have a dream

Séjour enchanteur à la Villa Moller de Shanghai. Mr Moller, un riche armateur anglo-suédois, l’avait construite dans les années 30 en se basant sur un dessin de sa fille qui avait rêvé d’un château.

Héritage britanique

Héritage britanique

L’influence anglaise est encore très présente dans la mégalopole de Hong Kong. On y roule à gauche et le style des bus et voitures y est différent de la Chine continentale. C’est une région spéciale chinoise, mais les Chinois doivent obtenir un visa pour y travailler.

Hong Kong vue du pic

Hong Kong vue du pic

Contraste saisissant entre la verdure de la forêt tropicale et les immeubles de la ville. Le bras de mer nommé baie de Victoria par les colons anglais sépare l’île de Hong Kong, où se situe la montagne du Pic, et la péninsule de Kowloon.

Surprise !

Surprise !

Repas légendaire dans un restaurant de fondue chinoise réputé pour la célébration des anniversaires. Au menu petites pancartes, chants et danses, spectacle de nouilles, cadeau, le tout au rythme de la techno chinoise. Fin de soirée mémorable dans la voiture intelligente BYD qui joue Happy Birthday sous les serpentins de Qian. Surprise !

Journée spa, au sens large

Journée spa, au sens large

Anniversaire de Camille fêté au Shui Guo de Shenzhen. Au programme, bains chauds, saunas, buffet grande classe à volonté, sieste dans des canapés individuels, film épique, fruits, glaces et mahjong avant de tout refaire dans le sens inverse. PS : Qian est en train de réserver le restaurant du soir.

Logistique chinoise

Logistique chinoise

Vue sur le port de Yantian dans la baie de Dapeng à Schenzen. C’est l’un des plus grands terminaux de porte-conteneurs au monde qui expédie 15 millions de conteneurs chaque année vers l’Europe et les Etats-Unis.

Build your city

Build your city

Vue vertigineuse sur quelques uns des buildings résidentiels de Shenzhen, ici depuis la voiture chinoise de Qian et Jiahui. La marque est BYD pour Build Your Dreams or Build Your Death selon Jiahui.

2200 km plus tard

2200 km plus tard

Arrivée à Shenzhen par le train à grande vitesse qui relie cette ville du sud à Pékin en seulement 8 heures et à l’heure. Une petite faim sur le trajet ? Commandez en ligne dans un restaurant proche de la prochaine gare et on vous livrera directement à votre place.

Une rencontre de centre commercial

Une rencontre de centre commercial

Dans le (trop) grand centre commercial Hopson One à Beijing Chaoji Hopsonhui,⁩ on peut faire des petites pauses pour se détendre entre les longues sessions de shopping en caressant des animaux comme des marmottes, lapins, ou chats. Pour Camille aujourd’hui ça sera les suricates. Eux ils jouent un peu et puis dodo !

Le paradis, c’est par ici

Le paradis, c’est par ici

Temple impérial « du Paradis » (Temple of Heaven) de Pékin où chaque nouvel empereur devait venir prier au début de son règne. Visite dominicale avec nos guides Qian et Jiamin et de nombreux autres touristes.

La tour du Bouddha relookée

La tour du Bouddha relookée

Le Palais d’été a été reconstruit suite au saccage perpétré par les armées anglaises et françaises en 1860 lors de la second guerre de l’opium. L’empereur chinois refusait d’en légaliser le commerce. Ce pillage l’a convaincu de changer d’avis…

Les prairies écologiques

Les prairies écologiques

Chevaux des steppes, lac et éoliennes à perte de vue, la carte postale de la Mongolie Intérieure en 2026. Ici, l’écologie à grande échelle s’invite dans le paysage et les touristes prennent toujours autant de photos.

Que la fête commence !

Que la fête commence !

Qian en route pour la fête traditionnelle mongole de Chahar Youyi Houqi autour du feu de camp avec des feux d’artifices, de la musique, des danses, des chants et une rave party finale endiablée. Les Chinois savent faire la fête, ici c’est tous les soirs.

Mongols et volcans chinois

Mongols et volcans chinois

Camp pour l’accueil des visiteurs au pied du volcan n°3 dans le parc d’Ulanhada en Mongolie intérieure chinoise. Pour une séance photo improbable, possibilité de location de costumes de cosmonaute ou de petites chèvres qui ont bien la flemme de monter le volcan.

Le pavillon des pivoines

Le pavillon des pivoines

Avec son saule pleureur, ses lotus et son kiosque au coeur du zoo de Pékin. Dur de penser qu’on se trouve entre le deuxième et le troisième anneau ou « ring » et donc au coeur de la ville.

Expérience du futur : test médical

Expérience du futur : test médical

Un petit mal de gorge ? Pour 13 euros, vous pouvez commander un test médical à domicile. Un livreur vous apporte le matériel de test dans les 30 minutes et repart avec vos échantillons. Deux heures plus tard, vous recevez les résultats de votre test, qui détecte 15 virus et bactéries. Notre test a révélé une légère infection à streptocoque pneumonique et à hémophilus influenzae. 

Casserole chaude

Casserole chaude

Aussi appelée hot pot ou fondue chinoise. Viande rouge, 10 secondes de cuisson dans un bouillon au légumes et boulettes de boeuf. Tout se mange ou se boit dans le hot pot.

Pas si interdite que ça…

Pas si interdite que ça…

Visite de la Cité Interdite de Pékin en compagnie de quelques touristes. Après avoir franchi deux portes monumentales, découverte du Palais de l’Harmonie Suprême et son escalier en marbre réservé à l’empereur.